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Inventaire floristique dans les zones tampons de la Réserve d'Itombwe : ce que douze sites de Mwenga nous apprennent
2026-08-12
Inventaire floristique dans les zones tampons de la Réserve d'Itombwe : ce que douze sites de Mwenga nous apprennent
Du 12 au 19 novembre 2025, une équipe conduite par PIFEVA avec l'appui du Jane Goodall Institute a inventorié douze sites forestiers communautaires dans les chefferies de Basile, Luindi et Batumba. Objectif : construire une base scientifique pour la restauration écologique et la gouvernance communautaire.
On ne restaure pas une forêt à l'aveugle. Avant de planter, il faut savoir ce qui pousse, ce qui repousse spontanément, quelles espèces les communautés utilisent et quels sols gardent une capacité de régénération. C'est tout l'objet de l'inventaire floristique mené par PIFEVA dans les zones tampons de la Réserve Naturelle d'Itombwe, dans le cadre du projet Femmes en Action.
Une équipe pluridisciplinaire
La mission a réuni deux botanistes chargés de la collecte, de l'identification et de la validation taxonomique, deux agents du Service territorial de l'Environnement et du Développement durable de Mwenga, deux animateurs de PIFEVA responsables de la sensibilisation et des enquêtes participatives, et huit macheteurs et jalonneurs pour l'ouverture des transects et le jalonnement des parcelles. PIFEVA a assuré la coordination générale, la mobilisation communautaire et le suivi logistique ; le Jane Goodall Institute – RD Congo a apporté l'appui technique, méthodologique et financier ainsi que l'alignement sur les standards internationaux de conservation.
Méthodologie : croiser la science et les savoirs locaux
L'équipe a combiné parcours pédestres systématiques par transects, relevés floristiques quadratés — parcelles de 20 m × 20 m pour les ligneux, 5 m × 5 m pour les herbacées —, prises de coordonnées GPS, description des habitats, photographies et collecte d'échantillons de feuilles, fruits et écorces pour confirmation taxonomique.
En parallèle, des entretiens semi-structurés ont été conduits auprès des propriétaires de sites, des agriculteurs, des membres des CFCL et des autorités coutumières. Ces échanges ont permis d'identifier les espèces utiles, les usages coutumiers — alimentation, médecine, bois, rites — et les espèces indicatrices de fertilité ou de dégradation. L'analyse a mobilisé les indices de Shannon et de Simpson, la richesse spécifique et l'équitabilité, avec catégorisation des formations végétales en jachères jeunes, jachères âgées, friches arbustives et reliques forestières.
Une mémoire foncière et écologique
Chaque site raconte une histoire. À Kalambi, une concession jadis exploitée par un colon, reprise par le chef de groupement puis attribuée à l'INERA, aujourd'hui en jachère depuis quatre ans et cédée à PIFEVA pour le reboisement. À Ilibo, d'anciennes plantations de théiers reconverties en cultures vivrières, avec plus de dix ans de jachère sur la parcelle inventoriée. À Irangi, un domaine laissé cinq ans en jachère mais désormais exploité pour la carbonisation. Ces trajectoires expliquent l'état actuel de la végétation et conditionnent le choix des espèces à replanter.
Ce que la mission a coûté en efforts
Les équipes ont affronté des sites éloignés en topographie accidentée, des pistes dégradées, de fortes pluies rendant certaines parcelles temporairement inaccessibles, une végétation dense exigeant un débroussaillage intensif, et des ajustements de déplacement liés à la présence occasionnelle de groupes armés locaux. Autant de contraintes qui ont nourri des enseignements précis : planifier finement la logistique, budgéter des équipements de mesure fiables, impliquer tôt les services territoriaux de l'Environnement, sensibiliser les communautés en amont et maintenir un calendrier flexible.
Recommandations
• Prioriser les sites les plus dégradés, notamment Mashu et Bokilo
• Introduire des espèces hôtes de chenilles comestibles dans les plans de restauration
• Protéger les zones humides, en particulier sur le site Venance
• Renforcer les comités CFCL et intégrer les données floristiques au plan simple de gestion
• Organiser des inventaires semestriels, un suivi de croissance des plantations SFN et une cartographie participative
Les résultats démontrent une diversité importante, un potentiel élevé de régénération naturelle et des opportunités structurantes pour les solutions fondées sur la nature, en lien direct avec la sécurité alimentaire, l'économie locale, la conservation de la biodiversité et la résilience climatique.
LA MISSION EN CHIFFRES
12 sites inventoriés
8 villages concernés
3 chefferies : Basile, Luindi, Batumba
8 jours de collecte, du 12 au 19 novembre 2025
16 membres d'équipe mobilisés